Quelques questions et reponses sur "les écoquartiers"

J'ai répondu ci-dessous à un des nombreux questionnaires que nous avons reçu dans les quinze dernières années.

Quelles sont les raisons qui vous ont amené à vous intéresser au développement durable ?

En fait, je m’intéressais au développement durable bien avant que ce mot ne soit "à la mode". Mon thème de prédilection était l’énergie, le gaspillage au quotidien des énergies fossiles et la dangereuse bêtise de l'énergie nucléaire (j’ai fait des études de physique donc je sais un peu de quoi je parle)

Quels sont les motifs qui vous incitent à vouloir changer notre mode de vie en faveur d'un urbanisme durable ?

Logique? Bon sens? Je ne sais pas... probablement un simple égoïsme car je ne veux pas vivre dans un environnement où la voiture et le gaspillage dominent.

Et je trouve qu'un des objectifs sur lequel on pourrait trouver un consensus mondial est que la vie humaine est destinée à améliorer la condition de vie de tous les hommes, faire du progrès - probablement pour le seul objectif que l'homme existera encore dans 500 ans. Etant athée, je ne peux pas imaginer un "dieu" qui nous laisse « jouer dans la boue » pour nous sauvegarder plus tard.

Quelle serait, selon vous, la définition optimale d'un écoquartier ?

Optimale pour qui? Et un écoquartier, c'est quoi? Nous avons seulement cherché à progresser dans la manière de construire et d’aménager un quartier urbain ; un point important a aussi été de faire participer dès le départ les futurs habitants. D’autres personnes, ailleurs, trouveront d’autres solutions d’aménagement mais l’important est que les futurs résidents soient dès le départ engagés dans les démarches de conception.

Qu'est-ce qui motive l’Allemagne à s'investir de plus en plus dans les quartiers durables ?

Je ne sais pas si l’Allemagne est particulièrement motivée à s’investir dans la construction de quartiers durables. Il y a encore beaucoup à faire dans les divers domaines que sont l’énergie, la circulation automobile, les acquis sociaux, l’écologie, l’habitat…commencer par changer le monde dans son petit coin, c'est ce qui compte, probablement.

Aujourd’hui (2014), le gouvernement de "Grande Coalition" a pratiquement arrêté les efforts de poursuite de la transition énergétique, - mais de plus en plus, les citoyens eux-mêmes se mobilisent car ils ont compris les avantages qu’offrent la production d’électricité d’origine renouvelable.

Quelles ont été les principales étapes de conception du quartier de Vauban?

Premièrement, nous avons invité toutes les personnes intéressées à s'informer et à discuter. Nous avons également invité des spécialistes à faire des conférences sur le sujet car la majorité du public n'avait que peu d'idées sur les innombrables possibilités de créer un éco-quartier. Au fur et à mesure, nous avons intégré les multiples options qui s’offraient à nous et avons planifié le nouveau quartier en collaboration avec l’administration de la ville et le conseil municipal. Au total, nous avons formé une soixantaine (!) de groupes de construction.

Le quartier Vauban a été un des premiers quartiers durables d'Europe, comment expliquez-vous cela ?

Le mouvement écologique pour moi s'explique partiellement par les réactions de la population après la Seconde Guerre Mondiale: on ne voulait plus jamais qu’un tel désastre se répète. Une bonne partie de ce désastre résida dans un peu trop de centralisation, trop d'uniformité et surtout dans un manque absolu d’"esprit critique", un manque de réflexion et de courage pour la non-conformité. Si l'Allemagne doit retenir quelque chose de cette guerre terrible, je pense au développement et au maintien d’un esprit critique fort, avec des bons arguments bien sûr.

Une grande part des conflits mondiaux d’aujourd’hui et de demain se dérouleront autour les ressources énergétiques. J'aimerais travailler pour la paix, et changer notre système d'énergie pour les énergies renouvelables et diminuer le gaspillage - aussi vite possible. Avons-nous comme humanité une autre chance?

Quels sont les objectifs principaux que vise le quartier Vauban?

Je pense que notre unique objectif est le progrès humain et social; nous ne cherchons pas à appliquer un concept précis mais plutôt à modifier des choses plus ou moins importantes et pratiques souvent à des détails de la vie quotidienne.

Comment avez-vous évalué la durabilité de votre quartier ? Avec quel(s) outil(s) ?

Comme je l'ai déjà dit auparavant, je n'aime pas ce mot "à la mode". Nous nous trouvons très loin d'un idéal de durabilité, mais même le plus long voyage démarre un jour avec le premier pas. Les outils sont la science, les informations, la discussion et la capacité à trouver des bons compromis.

Pourquoi faudrait-il, ou non, instaurer des lois ou des normes concernant les écoquartiers ?

Je ne sais pas si le passage par la loi est nécessaire. Il faut concrètement résoudre les problèmes pratiques sur place.

Il faudrait au contraire supprimer quelques anciennes lois qui donnent la priorité (dans la conception) à la voiture en ville.

A quels problèmes est-on confronté lorsque l'on passe du projet à la réalisation d'un écoquartier ?

Tout le processus était parsemé d’embuches et c'est normal. Notre « programme » était de parler des problèmes pratiques et d’essayer de trouver les meilleures solutions concrètes.

Parfois on gagne, parfois on perd. Il faut avoir une centaine d'idées pour pouvoir en réaliser une cinquantaine.

Comment le projet du quartier Vauban a-t-il intégré la démarche participative ? Comment l’intègre-t-il encore maintenant ?

La démarche participative était le cœur absolu de notre développement et son "secret" si vous voulez. Elle a été avant tout fondamentale dans les phases de construction.

Aujourd’hui en 2014, tous les bâtiments prévus sur le plan d'urbanisme ayant été construits, la démarche participative est mois importante et nous vivons désormais dans un quartier à peu près normal.

Selon vous, quel serait l'exemple d'écoquartier européen à suivre et pour quelles raisons ?

J'espère que tout le monde se laisse inspirer par tout le monde. J'espère que personne n'est ici si arrogant pour croire que nous aurions établi le "modèle". Chacun a son histoire, ses besoins. Il faut d'abord écouter son voisin et trouver les points communs de nos rêves.

Si quelqu'un aimerait créer un nouvel écoquartier, quels conseils lui donneriez-vous ?

Faites-le ! Ayez du courage ! Concentrez-vous sur le concret et pas sur les concepts. Réalisez vos rêves… et vivez avec les conséquences.

Celui qui aimerait posséder trois voitures devrait habiter directement au centre d'un croisement d'autoroutes. Celui qui est partisan de l'énergie nucléaire devrait stocker les déchets chez soi. Celui qui aime le béton comme matériau de construction devrait avoir un mur de béton directement devant sa fenêtre et respirer le CO2 produit lors de sa fabrication. Celui qui est contre la science et pour les "solutions" des anciens textes religieux, ne devrait pas pouvoir se servir de la médecine moderne, par exemple.

Après tout, ça fait plaisir de prendre sa vie en main et d’en être responsable.

N'attendez pas que le gouvernement change les choses - les gouvernements changent souvent au dernier moment.

Quelles sont les éventuelles formes de soutien public que l’on pourrait recevoir pour réaliser un écoquartier ?

Il n’y a pas eu de financement spécifique pour le quartier Vauban.

Cependant, par le passé, au niveau national, une prime pour l’accès à la propriété avait été mise en place ; pouvait y prétendre tout citoyen qui avait acheté ou construit la maison/l’appartement qu’il occupait. Le versement de la prime était réparti sur 8 ans. Ce soutien financier n’existe désormais plus (arrêt il y a environ 10 ans). Il contenait un volet pour le logement économe en énergie et les maisons basse-consommation y étaient déjà reconnues.

Il y eut aussi une prime de quelques centaines d’euros par installation convertissant l’énergie solaire en énergie thermique (pour le chauffage, pour l’eau chaude sanitaire, …) de la part du fournisseur d’énergie local Badenova, à l’époque FEW. Cette subvention n’était pas spécifique au quartier Vauban, cette règle était appliquée de la même manière partout en Allemagne.

Sinon, je ne vois pas d’autres subventions ; je suis de plus convaincu que les maisons passives n’ont pas besoin de subventions car les économies réalisées après construction (en particulier en terme de chauffage) permettent très rapidement de rembourser le surcoût de construction initial (par rapport à une maison traditionnelle).

A votre avis, un quartier qui respecte parfaitement le développement durable est-il réalisable en pratique et pourquoi ?

Non, parce que rien n'est jamais parfait.

Pensez-vous qu'il serait possible d'instaurer un urbanisme durable au niveau allemand, voire même mondial ? Pourquoi ?

Pas d'idée. Si nous avons la chance de donner quelques impulsions, on nous copiera comme nous avons nous-mêmes copié et utilisé les idées d'autres.

Jean de Salisbury disait : « Nous sommes tels des nains sur les épaules de géants. Nous voyons plus loin qu’eux mais non pas parce que notre vision est meilleure ou que nous sommes plus grands qu’eux mais parce qu’ils nous ont déjà portés vers le haut et que leur grande taille et la nôtre s’additionnent ».

Cela signifie que chacun de nous ne peut accomplir qu’un petit pas dans sa vie, mais que les grandes avancées nécessitent ces travaux préparatoires et les échecs qui peuvent en faire partie.

Quels seraient les avantages et les inconvénients de vivre dans un quartier durable ?

La réponse est sûrement différente pour chaque habitant.

Pour moi les avantages de vivre ici sont les suivants : le calme « sonore », la vie entre les arbres, des voisins sympathiques, l’absence en grande partie de voitures dans le quartier (on peut se promener au milieu de la route), l’intégration dans la nature, un confort d’habitation à prix avantageux, de bonnes liaisons avec les transports en commun, les équipements et installations à disposition de tous, la proximité de la nature et en même temps de la ville, la présence de magasins variés et de proximité, des coûts de chauffage très bas, beaucoup de zones piétonnes et de pistes cyclables.

Des défauts, je n’en vois pas : le quartier est devenu à peu près ce que nous voulions qu’il devienne.

Que demander de mieux si les habitants peuvent vivre dans un quartier dont ils ont eux-mêmes pensé la création et le développement ?

Le principe du développement durable est de garantir le meilleur avenir possible aux générations futures. L'urbanisme durable est-il la meilleure solution et pourquoi ?

Le progrès compte. Laissons nous parler de nos rêves pour le futur. C'est si rare...

Traduction: Thomas Laemmel

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